Sélom MENSAH nous livre les secrets de fabrication de « Parole Aux Femmes»

Porté par Sélom Mensah, journaliste et ‘’féministe’’, le projet audiovisuel « Paroles Aux Femmes » (PAF) tend le micro à  plusieurs femmes issues de la société togolaise et de diverses couches sociales pour déclamer des textes sur fond de maux quotidiens dont souffre la gente féminine. Il s’agit aussi de vécus joyeux et d’un hommage à la sororité qui est un concept vivant mais banalisé.

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La jeune réalisatrice, nous livre ici les tenants et aboutissants d’un projet intime qu’elle a mené de bout en bout avec des femmes comme Barbara Amouzou-Lokadi, Nadia K. ou encore Essy Kodzo etc. et dont la première diffusion aura lieu ce  mercredi  20mars 2019 à 18h30 à l’Institut Français du Togo..

 

 

C’est quoi exactement PAF ?

PAF est une œuvre vidéo de 30 minutes qui met en lumière des joies et peines de femmes, à travers des textes (poèmes) déclamés par environ 15 femmes.

 

Comment vous est venue l’idée et pourquoi avoir ressentie le besoin de réaliser cette œuvre ?

 

Je suis passée par une période de ma vie où l’écriture a été très salutaire pour moi. J’écrivais 3 ou 4 textes par jour pour exprimer ce que je ne pouvais pas forcément dire sur l’instant T avec des mots, de peur de blesser, d’être incomprise ou parce que je n’avais pas de répondant en face. J’écris depuis ma jeune adolescence et je pense qu’il est temps que je partage cela. Et, au-delà de cela, j’ai voulu que les femmes soient davantage comprises, dans leurs vies de tous les jours, afin d’être mieux respectées par tout un chacun. J’avais également le désir de casser le sempiternel refrain que j’entendais partout : « le plus grand ennemi de la femme c’est la femme elle-même »! Je me disais oui c’est vrai, on se jalouse, on se chamaille, mais on peut aussi s’aimer, être solidaire et sœurs.

 

Vous êtes la jeune réalisatrice qui a écrit, réalisé et produit cette œuvre. Vous débutez donc dans cet univers qui est nouveau pour vous, racontez nous…

Le monde de la réalisation me plait énormément, ce n’est pas un univers facile mais il est fascinant. On y rencontre plein de gens tous passionnés par l’image. Mon envie de dévoiler ce que j’ai dans les tripes se marie parfaitement avec mon goût pour l’écriture et avec cet outil qu’est le cinéma, alors je suis ravie lorsque je suis en tournage ! C’est tout nouveau pour moi…

 

 

Pourquoi avoir choisi le format vidéo pour vous exprimer ?

Je trouve qu’aujourd’hui, le public est davantage sensible aux images, à la photographie qu’aux mots et aux textes, malheureusement. C’est donc un vecteur puissant pour qui veut s’exprimer et faire passer des messages, comme cela est mon cas. En réalité, il s’agit avant tout de mes poèmes, mais que j’ai eu l’audace de présenter sous une forme parlée…

 

Qu’est ce qui est raconté dans les textes qui sont « défendus » dans Parole aux Femmes ?

Ce sont tout bonnement ce que traversent les femmes : le divorce, la joie d’être maman, la séparation, les violences, le bonheur au sein d’un couple, la perte d’un enfant etc Les femmes, tout comme les hommes, vivent des choses qui ne sont pas toujours aisés. Pour moi, il faut en parler pour pouvoir dépasser ces difficultés et panser ses plaies. L’intime n’est pas facile à aborder, je l’ai fait au nom de toutes celles qui n’osent pas parler et qui ne s’exprimeront jamais.

 

Pourquoi cette volonté de donner la parole aux femmes. Ne s’expriment t’elles pas ou pas assez selon vous ?

Pour moi, il est évident que les femmes ont encore beaucoup de chemin à faire pour s’exprimer pleinement, être elles-mêmes, s’assumer et oser. Au bureau, lors de réunions, à la maison, en général, les femmes n’osent pas prendre la parole. Dans le cadre familial ou intime, c’est idem, elles n’expriment pas toujours ce qu’elles ressentent et préfèrent prendre sur elles… Y’en a marre de se sentir brider, contraint au silence etc. Les femmes, comme les hommes, ont leurs mots à dire. Reste à trouver les voies et moyens pour parler et faire passer la pilule ! Pour moi, toutes les paroles se valent…

 

 « Je suis féministe et j’ai l’injustice en horreur ! »

 

 Ça se murmure déjà qu’il s’agit d’un film féministe. Est-ce vrai ? selon vous c’est quoi le féminisme ?  dans l’absolue, vous définissez-vous comme une féministe ?

Je ne sais pas ce qui se murmure mais oui je suis féministe donc mon projet doit surement l’être un peu également. Pour moi ce n’est pas un gros mot, c’est tout comme être pro black ou humaniste. C’est ce qui me ressemble. Vous ne pouvez pas vous étonnez que je défende les droits des hommes et femmes noires bafouées, de part le monde ! Ne vous étonnez pas non plus que j’en fasse autant pour les femmes. J’ai l’injustice en horreur !

 

 Qu’est ce que la sororité selon vous ? Et pourquoi avoir voulu chevaucher ce nouvel cheval de bataille ?

La sororité c’est tout simplement la fraternité, l’amitié, la solidarité entre femmes et elle est vitale pour que la société avance, selon moi. Ce n’est pas un nouveau cheval de bataille, je pense plutôt qu’il sera transversal à l’ensemble des projets que j’aurai à proposer au public, du moins pour un moment, car c’est très important que les femmes comprennent qu’elles sont toutes sœurs ! Elles doivent se soutenir et s’aimer pour s’en sortir. Et la base, évidemment, c’est qu’elles doivent s’aimer elle-même et s’accepter telles qu’elles sont.

 

 

Comment avez-vous choisies les femmes qui sont intervenues dans le film ?

J’ai fait appel à des amies mais pas uniquement. J’ai voulu choisir des femmes fortes, dignes, respectées, à l’image de la femme que je suis également. Je voulais des mères, des épouses, des femmes battantes, des working girl, comme Dandara, l’icône et militante brésilienne que j’ai choisie pour incarner Parole aux femmes… Je voulais des femmes qui acceptent de se prêter au jeu car pour elle, la sororité n’est pas un vain mot. Elles se sont toutes bien amusées ont voulu porter haut les joies et peines des femmes.

 

Quelles sont vos attentes vis-à-vis du public par rapport à ce film ?

 J’aimerais simplement que le public sorte massivement pour venir voir PAF et s’émerveiller avec nous de la beauté de ces femmes noires, qui leur parlent…. Et qui osent dire ce qu’elles ont sur le cœur !

 

Le projet sera disponible courant fin avril sur les plateformes numériques à l’issue des différentes projections prévues également dans d’autres salles.

 

 Propos recueillis par Eklin HANCK