Affaire Reckya Madougou : de nouvelles preuves qui accablent le gouvernement de Talon

 

 

 

 

C’est un véritable pavé jeté dans la mare déjà trouble dans l’affaire Reckya Madougou, du nom de cette opposante béninoise, incarcérée à la prison de Missérété depuis le 5 mars 2021.

 

 

 

 

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La candidate recalée du parti de l’ancien chef de l’Etat, Yayi Boni, à la prochaine présidentielle,  est poursuivie pour des faits de  financement du terrorisme. Selon Elonm Mario Mètonou, le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), l’ancienne ministre serait le bras financier d’un projet visant l’assassinat d’autorités politiques en vue de créer le chaos dans le pays.

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Des accusations montées de toutes pièces selon l’opposition qui n’a cessé de réclamer la libération de la quadragénaire à coup de manifestations devant le pénitencier où elle a été déposée.

 

 

Dernier rebondissement dans ce dossier, c’est la sortie du juge Essowé Batamoussi, membre de la CRIET. En effet, dans une interview accordée à nos confrères de RFI, celui qui vient de démissionner de son poste et s’est exilé pour «sa propre sécurité n’est pas passé par quatre chemins pour dénoncer une instrumentalisation de la justice afin d’écarter une adversaire politique. « Le juge que je suis n’est pas indépendant tel que cela se devait d’être. Toutes les décisions que nous avons été amenés à prendre l’ont été sur pression. Je citerai la dernière, celle qui a vu le placement de dame Reckya Madougou, en détention donc. Dans ce dossier nous avons été sollicités par la chancellerie, car le dossier ne comportait aucun élément qui pouvait nous décider à la mettre en détention. Ce n’était pas la première fois, il y a eu pas mal de dossiers où nous avons reçu des instructions de la chancellerie », a t-il lâché.

 

 

 

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Des confidences qui font l’effet d’une bombe. Et comme il fallait s’y attendre, le ministre de la Justice, Sévérin Quenum, a balayé tout du revers de la main, accusant  à son tour le magistrat de «manipulation politique» et de «déclarations suscitées et orientées».

 

 

Ce rebondissement qui intervient à quelque six jours de la présidentielle béninoise aura-t-il un impact sur l’issue du scrutin ? Rien n’est moins sûr  quand on sait que Patrice Talon, candidat à sa propre succession, a face à lui un boulevard pour rempiler, puisqu’il affronte deux candidats de faible  envergure. 

De fait, tous les poids lourds de l’opposition sont absents du scrutin. La faute au nouveau Code électoral adopté en novembre 2019 qui dispose que tout candidat à la présidentielle doit obtenir le parrainage d’au moins 10% des élus au nombre de 160, à savoir 77 maires et 83 députés.

Le hic est qu’à hémicycle, tous les élus nationaux sont du camp présidentiel et qu’au niveau des municipalités, l’opposition compte seulement 6 édiles sur les 77.

 

 

 

Dans ces conditions, aucun candidat de l’opposition pouvant faire mordre la poussière à l’ancien magnat du coton n’a bénéficié des 16 parrainages nécessaires.

Cette disposition du Code électoral avait été contestée par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples qui avait demandé en vain son retrait de l’arsenal législatif béninois.

 

 

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Il faut dire que depuis l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon en 2016, le Bénin, qui était considéré comme un phare de la démocratie en Afrique, a perdu de sa superbe. Restrictions des libertés publiques, emprisonnement  de journalistes, violences politiques, justice aux ordres sont, entre autres, des critiques formulées à l’endroit du président Talon, accusé d’avoir engagé le pays dans une dérive dictatoriale.

 

 

 

Hugues Richard Sama / observateur.bf/