Crises politiques, crimes économiques, homicides, braquages, covid19, Grognes sociales, dévoiements moral et religieux… reconversion : Où va le Togo ?

TRIBUNE LIBRE de Déhdéno PANA:

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Dans l’un de ses morceaux à succès, le troubadour Donas Elo chantait : « où va le monde, où va la terre, où va l’existence ? Nous tous nous vivons sans savoir où va le monde. »

 

 

Avec une longueur d’avance l’artiste, me semble-t-il, soulevait déjà la problématique il y a plus d’une trentaine d’années, avec en toile de fond un regard sur son pays qui chancelait au gré du vent de la Baule annonciateur d’un nouvel ordre de gouvernance pour les pays d’Afrique…francophone. Où va donc le Togo ? Question insensée ? Oui, elle pourrait l’être. Tout pays est un Etat, socialement et juridiquement organisé. Le Togo est une entité politiquement indépendante possédant son propre gouvernement, son administration, ses lois et son armée, des institutions au service de sa nation. Ceci dit, cela suffit-il pour avoir une idée claire et précise d’où va l’Etat-nation Togo ? Je suis arrivé à un point où la question me turlupine l’esprit sans cesse. Et je voudrais, qu’ensemble nous essayions, non pas de répondre par oui ou par non, mais par des questionnements, des comparaisons, des rétroprojections et des projections.

 

L’école togolaise et ses manuels d’histoire m’ont appris que le Togo a vu le jour le 5 juillet 1884, date à laquelle un explorateur allemand du nom de Gustav Nachtigal signa un « traité de protectorat » à Baguida, avec le chef Mlapa III du lac Togo représentant l’autorité religieuse du village Togo (actuel Togoville) qui donnera plus tard son nom à  un ensemble de territoire long de 600 km et large de 95 km, coincé entre un territoire de la couronne anglaise à l’ouest et des territoires de la France à l’est et au nord. D’un point de vue structurel aucun pays n’existait en 1883 avec le nom Togo. « Propriété de la puissance allemande » jusqu’en 1919, le Togo devint un territoire « sous mandat » de la Société Des Nations, SDN (l’organisation ancêtre de l’ONU) à l’issue de la première guerre mondiale. Dans les faits le Togo, sous la tutelle de la SDN, était administré par la France puissance victorieuse de la guerre 14-19 avec ses alliés le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon qui constituaient alors les 4 Etats membres permanents du conseil de la SDN. Le 27 avril 1960, le Togo obtint manifestement son indépendance du « tutorat» français. Ce que l’école ne m’apprend guère c’est quels étaient les rêves des pères fondateurs de la république du Togo en 1960. Et encore, en dehors du nom Sylvanus Olympio, qui sont véritablement ces figures historiques de la fondation de l’Etat-nation Togo ? Que voulaient-ils faire et où voulaient-ils conduire les Togolais ? Les seules références que j’ai de l’idéal togolais, si ce n’est le cas pour la majorité des Togolais, ce sont les descriptifs du drapeau et l’hymne national restauré en 1991.

 

Comment suis-je venu à me poser la question insensée ? J’ai été interpellé par un cynisme sociopolitique. Comme vous, j’ai découvert sur facebook la circulaire du ministre de la culture, du tourisme et des loisirs, datée du 16 juin 2020 adressée aux directeurs régionaux de la culture. Dans sa lettre, le ministre demandait qu’il lui parvienne dans un délai de 3 jours, les noms des acteurs de la culture désireux de souscrire à l’un des produits du Fond national de la finance inclusive (FNFI) pour leurs activités de reconversion, motivée par la crise pandémique covid-19. En clair, le ministre en charge des politiques de développement et de promotion du patrimoine culturel togolais encourage les esprits créatifs, les artistes musiciens, compositeurs, interprètes, scénaristes, comédiens, humoristes, chorégraphes, danseurs, écrivains, poètes, dramaturge, conteurs, plasticiens, peintres, cinéastes, réalisateurs, les stylistes couturiers, les chefs cuisiniers, les coiffeurs, les  intermittents techniciens, tourneurs, impresarios, programmeurs, animateurs, présentateurs, etc… à changer de métier et à aller vers une formation débouchant sur un secteur qui recrute ou pour un auto entreprenariat. Pour dire les choses encore plus simplement, l’Etat togolais, par la lettre signée de son ministre de la culture, souhaiterait que des acteurs de la culture arrêtent d’imaginer, de penser, d’inventer, de créer, de produire et de transmettre ce qui définit et distingue les Togolais, ce qui fonde et soude la nation togolaise. C’est un soulagement profond que d’apprendre que l’exécution de la décision simplette dudit ministre a été suspendue. A jamais ? On aurait frôlé la catastrophe !  Cependant la problématique demeure. Comment en arrive-t-on à refuser à un artiste son droit intangible de douter, de se réinventer, de créer et d’émerveiller en période de pandémie, au point de nier la capacité des  Togolais à se réinventer par les arts dans une situation de crise majeure ? A quel moment un artiste a-t-il le plus d’imagination pour « respirer », pardon pour créer ?

 

Dans une revue de la presse camerounaise, un journaliste citait en exemple les prouesses économiques, sociales, écologiques, politiques, culturelles que sais-je… du Rwanda, un pays d’Afrique. C’est d’une évidence pour tout Africain, l’exemplarité de ce pays qui, il y a 20 ans faisait le bilan d’un des plus violents génocides de l’humanité après la deuxième guerre mondiale. Parlons-en : Kigali est classée 1ère capitale la plus propre d’Afrique, Le Rwanda est le 5ème pays au monde en terme de promotion des énergies renouvelables, 18ème pays mondial (2ème pays d’Afrique subsaharienne) le plus facile à faire des affaires, devant la Côte d’Ivoire et le Sénégal (Source, Doing Business), le pays d’Afrique où l’assurance maladie publique est de 98%, un pays connecté avec un réseau 4G couvrant plus de 95% de la population et 1er pays africain à avoir fait sortir de son usine de montage un véhicule Volkswagen (sources : Jeune Afrique). On peut encore citer plusieurs secteurs dans lesquelles ce petit pays sans grandes ressources s’est réinventer un destin national après avoir « traversé le désert ».

 

 

Pendant ce temps, au Togo l’effritement en cours de la nation est une plaie recouverte d’un sparadrap. Les contentieux électoraux se succèdent entre les élections présidentielles, législatives et communales. Du journaliste politologue Atsutsè Kokouvi Agbobli en août 2008 au Colonel Bitala Madjoulba des Forces Armées du Togo en mai 2020 en passant par Mohamed, Douti Sinalengue, Anselme Sinandaré, etc… des crimes et des bavures policières se multiplient et restent à élucider. Les incendies des marchés principaux de Lomé et de Kara en 2013, la volatilisation des milliards pour la reconstruction de l’axe Lomé-Vogan-Anfoin hier et l’affaire Adjakli et fils du scandale financier dans le secteur du pétrole aujourd’hui, la gestion opaque des sociétés de l’Etat SNPT pour l’exploitation du phosphate, la CEET pour l’électricité, la NSCT pour le coton, la défunte Togo Télécom… la liste est longue. Le grand banditisme s’enracine avec à la clé des braquages à mains armées qui semblent se banaliser. Au nom de Dieu, des charlatans et autres esprits malins ont pignon sur rue pour escroquer les pauvres populations togolaises, dans un dévoiement total.

 

Comprenons-nous bien, tout n’est pas rond ni lisse avec la gouvernance de Paul Kagamé. Sauf que d’un regard extérieur le Rwanda serait le pays des possibles. En 19 ans les Rwandais se sont réinventés ensemble, solidairement derrière une politique des possibles. Ils se trouvent des solutions créatives au quotidien pour avancer vers un idéal. Où va le Togo ?

 

De ce même regard extérieur le Togo véhiculerait l’image d’un Etat des impossibles au point de s’imaginer qu’il trainerait une chape de plomb depuis sa naissance en 1884.

 

L’ultime interrogation qui me vient à l’esprit à chaque fois que le Togo fait face à une crise majeure est de savoir si nous tous fils et filles du Togo serions à la hauteur de la promesse des pères fondateurs de la république, celle de faire de la «terre de nos aïeux » l’or de l’humanité ? J’ai très envie de répondre à cette question sauf que, aujourd’hui plus qu’hier, je vois un pays fractionné en deux : d’une part un Togo du peuple coupé de sa respiration et d’autre part un Togo de ceux qui exercent le pouvoir avec un genou sur le cou du peuple.

 

Citoyen libre penseur

Source: ATOPANI INFOS N° 19 du mardi 23 juin au 07 juillet