Les dernières confidences d’Edem Kodjo avant sa mort

Avant son décès ce samedi, l’ancien Premier Edem Kodjo était un personnage politique dont la voie compte au Togo. Premier ministre sous Eyadema Gnassingbé puis sous Faure Gnassingbé, l’homme a été pendant ces dernières années, Conseiller spécial du locataire du palais de la Marina.

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Un conseiller dont les conseils n’ont toujours pas été suivis  comme il l’a avoué à demi-mot lors de la dernière interview accordée au journal L’Alternative en février 2019. Extrait…

Bonjour M. Edem Kodjo lorsqu’on analyse le processus électoral en RDC, les doutes sérieux qui planent sur les résultats, à quoi servent les élections en Afrique si l’expression populaire doit être travestie par des fameuses Commissions électorales dites souvent indépendantes ?

S’il n’y avait pas d’élections, qu’y aurait-il à la place ? Des régimes centenaires et univoques ? Nous devons à chaque fois remettre l’ouvrage sur le métier jusqu’à ce que nous soyons un jour satisfaits. Avons-nous sauté trop vite à pieds joints sur des modèles de structures gouvernementales en déphasage avec notre culture ?

 

Force est de constater qu’après soixante ans d’indépendance, la greffe n’a pas encore pris et qu’il faut faire d’avantage, notamment dans la partie francophone du continent. Nos intellectuels ont-ils suffisamment réfléchi ? Nos juristes ont-ils vraiment fait leur part du travail ?

 

Avons-nous pris la mesure des enjeux ? Les élections seules suffisent-elles pour obtenir un atterrissage en douceur dans des pays où un régime est installé depuis de longues décennies ? Ne faut-il pas devant certains cas, un peu plus de lucidité et d’humilité ?

Il me semble qu’il nous reste encore beaucoup de réflexions à mener dans ces domaines.

 

Vous ne vous exprimez pas souvent sur les affaires de notre pays; et pourtant la situation est difficile, voire dramatique. Depuis les dernières élections, un voile d’incertitudes et d’obscurité semble planer au-dessus de nos têtes. Consentirez-vous à nous livrer votre évaluation de la situation ?

Oui ! C’est avec une profonde tristesse que je suis l’évolution politique de notre pays. On a beau se tenir en marge et choisir de ne plus se mêler de politique politicienne mais on se rend compte que le pays est là ! On n’en a pas trente-six, il n’y en a qu’un. Et son destin nous poursuivra et nous accompagnera toujours.

 

En réalité, je ne me suis jamais désintéressé du sort de la Nation. Me connaissant, vous savez que c’est impossible. Des échos me parviennent de ci, de là que « PAX AFRICANA », ma Fondation ne s’intéresse qu’aux autres pays du continent et ne dit jamais rien sur le Togo. C’est un peu normal, elle a été essentiellement créée pour cela. Ce qui ne veut pas dire qu’elle se désintéresse du Togo.

Mais pour revenir à l’essentiel, je dois vous avouer que je suis profondément inquiet sur l’avenir du Togo. Le combat pour la démocratie et l’alternance mené depuis 1990 ne semble pas aboutir jusqu’à ce jour. Il faut consacrer une réflexion approfondie aux causes de cette étrange situation.

Vous savez, la situation actuelle de notre pays a été aggravée par les événements du 19 Août 2017. Devant ces événements, une analyse sans complaisance s’imposait. Au lieu de cela, une réaction inappropriée prévalut. L’option sécuritaire l’emporta. On a pensé qu’il suffisait de maintenir l’ordre par la répression.

Une attitude plus ouverte, je dirai plus politique, c’est-à-dire plus tournée vers le dialogue aurait permis de désamorcer la crise mais ce ne fut pas le cas.

 

On se souviendra que dans une déclaration du 20 Octobre de cette année-là, j’avais proposé qu’une sorte de médiation initiée par des Togolais, prévale pour prendre à bras-le-corps, la problématique du mal togolais.

Je proposais d’en être partie car après tout, nous sommes mieux placés que quiconque pour penser, poser et résoudre nos problèmes avec ce privilège de connaître tous les acteurs. Je connaissais et je connais toujours, au moins une douzaine de compatriotes de tous bords, capables de s’asseoir et de faire avancer notre cause commune.

On préféra la facilitation de la CEDEAO qui s’est révélée désastreuse et je pèse bien mes mots. Désastreuse, j’ai bien dit. L’impression prévaut que cette institution n’a pas fait grand cas du sort et des attentes du Peuple Togolais. Elle n’a proposé que des solutions boiteuses, inappropriées et iniques.

Comment peut-on fixer une date pour des élections alors que la feuille de route acceptée de tous, indiquait comme préalable à toute consultation électorale, l’adoption de réformes… j’y perds mon latin.