Quel sort pour la recherche sur le paludisme en pleine COVID-19 ?

 

 

Dans le cadre de la conférence annuelle de l’American Society of Tropical Medicine and Hygiene[1] (ASTMH) organisée en ligne du 15 au 19 novembre 2020, il s’est tenu un symposium sur la relance de la recherche-développement relative au paludisme dans un contexte de COVID-19.

Les experts sont unanimes sur la nécessité de recourir de plus en plus aux outils numériques pour mener lesdits travaux malgré la distanciation sociale et les autres restrictions qu’impose la pandémie.

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Lacina Koné, directeur général de Smart Africa, une organisation qui soutient l’entrepreneuriat innovant en Afrique, insiste sur le rôle « clé » que doit alors jouer l’intelligence artificielle (IA).

Le premier rôle qu’il cite est l’évaluation de la santé d’une population et la sélection des cibles d’intervention de santé publique afin de faire des analyses prédictives. « Ce qui signifie utiliser l’intelligence artificielle pour réaliser l’évaluation des patients souffrant de paludisme ou d’autres maladies et leurs symptômes », dit-il.

“L’intelligence artificielle peut être utilisée pour réaliser des recherches précliniques et des essais cliniques ; avec la possibilité de personnaliser le suivi sanitaire des patients”

Lacina Koné, Smart Africa

Lacina Koné ajoute que « l’intelligence artificielle peut être utilisée pour réaliser des recherches précliniques et des essais cliniques ; avec la possibilité de personnaliser le suivi sanitaire des patients ».

S’appuyant sur l’expérience de l’Etat d’Andhra Pradesh en Inde, l’intéressé souligne aussi le rôle du big data et de l’internet des objets dans la prévention et la lutte contre les maladies causées par les piqûres de moustiques…

« En 2017, cet Etat a été le premier au monde à déployer la technologie de l’internet des objets pour repérer les lieux de reproduction des moustiques afin de les éliminer. Cela s’est fait à travers le Smart Mosquito Density System ; un système qui a permis de cartographier les zones cibles en utilisant des capteurs », rapporte Lacina Koné.

Selon ses explications, le Smart Mosquito Density System peut aussi analyser et transférer les données sur la densité des moustiques ainsi que sur leur localisation ; ce qui pourrait aider à la prise de décisions.

 

La COVID-19 est apparue au moment où le groupe pharmaceutique Novartis s’apprêtait à effectuer plusieurs études sur le paludisme. Face aux contraintes et restrictions associées à cette maladie, le groupe a dû relever des défis inhabituels.

« Les recherches cliniques se font normalement en face-à-face sur les sites où on se rend pour s’assurer que tout est au point. Mais, dans l’impossibilité pour nos chercheurs de se déplacer, il leur a fallu trouver le moyen d’acheminer le matériel sur les sites d’essais et pour interagir virtuellement avec le personnel du site afin de réaliser ces études », explique Caroline Boulton, responsable du programme paludisme du groupe.

« En utilisant les technologies numériques, nous avons pu réaliser tout le processus, de la logistique à la mise en œuvre. J’espère vraiment que nous pourrons appliquer ces leçons à l’avenir pour optimiser l’expérience des patients et des médecins », ajoute cette dernière.

 

 

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Problème de sécurité

Pour autant, Caroline Boulton trouve qu’il existe dans ce travail à distance deux problèmes qui doivent être réglés. A savoir la connexion internet qui n’est pas toujours de bonne qualité, et « le problème de sécurité lié à l’envoi de documents souvent sur la connexion domestique des individus ».

Quant à Catherine Kyobutungi, directrice exécutive de l’African Population and Health Research Center au Kenya, elle trouve que cette occasion qui est donnée de relancer la recherche sur le paludisme est une opportunité à saisir.

 

 

« C’est une opportunité pour mettre l’homme et la communauté au cœur de l’innovation sur le paludisme et pour s’attaquer à certains facteurs systémiques existants qui ont été exacerbés par la COVID-19 », dit-elle.

Elle cite notamment la corruption, mais aussi le manque de volonté politique qui se traduit par un faible financement local de la recherche sur le paludisme et les autres maladies.

A propos du financement justement, SciDev.Net apprend que l’European and Developping Countries Clinical Trials Partnership (EDCTP)[2] dont le paludisme représente 19,1% du portefeuille, a dû répondre à la COVID-19 en protégeant les investissements déjà engagés, notamment à travers des conseils précoces aux bénéficiaires de ses bourses de recherche.

« Afin qu’ils soient en mesure de faire face à certaines dépenses inévitables liées à la COVID-19 comme les équipements de protection et le nécessaire pour travailler à distance et qu’ils s’accommodent à une modification de leur protocole de recherche pour s’adapter à la pandémie », indique Michael Makanga, le directeur exécutif de l’EDCTP.

Approvisionnement

Idem chez Medecines For Malaria Venture (MMV), une organisation qui œuvre pour la réduction du fardeau du paludisme dans les pays endémiques à travers la découverte, le développement et la distribution de nouveaux médicaments antipaludiques efficaces et abordables.

David Reddy, son directeur général, fait savoir que « parce que beaucoup de médicaments antipaludiques sont fabriqués en Chine et en Inde, des lacunes étaient rapidement apparues dans la chaîne d’approvisionnement. Et nous avions dû mobiliser divers partenaires pour assurer la continuité de l’approvisionnement ».

Ce dernier rappelle que certains antipaludiques ont été souvent utilisés comme de « potentiels » médicaments contre la COVID-19. Cela, dit-il, a eu une incidence sur l’approvisionnement en ces médicaments.

Toutefois, à en croire Caroline Boulton, cette incidence n’a pas affecté la production du Coartem, un antipaludéen très utilisé en Afrique subsaharienne, produit essentiellement dans une usine basée à Kurtköy en Turquie.

« Nous avons déployé une main-d’œuvre plus petite, mais nous avons amélioré l’efficacité de la production qui a dépassé les attentes. L’usine a augmenté la production pendant le confinement pour compenser les retards et les goulots d’étranglement liés à la COVID-19 dans la chaîne d’approvisionnement », confie-t-elle à SciDev.Net, dans une interview après le symposium.

Au final, David Reddy se félicite de ce que « la communauté des chercheurs a relevé les défis avec un niveau d’ingéniosité et de collaboration sans précédent ».

 

 

 

Pour les experts, il est question maintenant de mettre à profit ces leçons et de continuer à les appliquer dans la riposte mondiale contre le paludisme jusqu’à ce que la maladie soit éradiquée.

This article was originally published on SciDev.Net. Read the original article.

By: Julien Chongwang