Il y a 6 ans, le nouveau chef d’Etat-major était plongé dans un scandale

 

 

Scandale : “Le préfet Maganawé, en ce moment Commandant, demande au Chargé du Commissariat d’alors qui nous l’a confirmé, la libération du nommé Nidjourbi, reconnaissant avoir commandité lui-même l’agression. La raison ? Au lieu de prêcher l’évangile, le pasteur se serait permis de parler politique dans son église. Le pasteur a dû finalement quitter la préfecture pour s’exiler au Ghana voisin.”

 

 

La gangrène au Togo : Le lt-Col Dadja Maganawé, préfet de Dankpen. Il se crée un petit royaume de terreur en pays Konkomba. 13 ans durant lt-Col Dadja Maganawé, le ripou et cruel préfet de Dankpen qui sème la terreur dans ce coin Konkomba dans la région de la Kara, au nord du Togo, depuis plus de 13 ans déjà. Une vraie gangrène à l’image de son copain Faure Gnassingbé.

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Partisan d’Unir, militaire de profession, préfet de fonction, tortionnaire à loisir, tyran de nature, proche de Faure Gnassingbé par amitié, le Lt-Col Dadja Maganawé terrorise depuis treize bonnes années les populations de Dankpen, majoritairement Komkomba.

 

Accusé d’innombrables agressions (dont des cas mortels), c’est lui qui orchestre depuis quelques jours la campagne de harcèlement judiciaire à l’encontre du député du Parti Démocratique Panafricain (PDP), Targone Sambiri.

Jeudi 22 mai, la Rédaction de L’Alternative contacte Dadja Maganawé pour s’enquérir, auprès de lui, des conflits liés à la transhumance dans sa localité. Au téléphone, plutôt convivial à cette occasion, il reconnaît le malaise et avance ses raisons.

« Effectivement il y a un problème avec un peuhl qui réside depuis pratiquement 12 ou 13 ans. Ce sont deux enseignants, ressortissants du milieu dont un réside à Sokodé et l’autre dans la région des Plateaux qui seraient venus pour les congés de pâques qui ont organisé une réunion avec les habitants et demandé au peulh de quitter le village.

 

Je les ai reçus et entendus lorsque j’étais revenu d’une mission à Lomé. Mais malheureusement, les instigateurs n’étaient pas parmi la délégation ; ils étaient partis pour la rentrée. Les habitants m’ont fait comprendre qu’ils ne veulent plus que le peuhl reste dans le village. Moi j’ai opposé catégoriquement mon refus à cette décision des jeunes du village. Je trouve cela inconcevable. Et je ne peux l’admettre. Ce sera embêtant pour moi de demander à quelqu’un de quitter un village comme ça.

 

Ici le problème, c’est que si vous cédez à ce chantage, ça va être une réaction à la chaine ; parce qu’il (Ndlr : Adou) n’est pas seul dans le cas. Ils sont nombreux comme ça à être sédentarisés et quand vous réagissez positivement à ces genres de demandes, vous risquez de créer de problème à tous. Moi je suis préfet et je ne peux pas admettre la marginalisation dans le milieu, parce que la population allogène dans la région est très forte. Il y a un sentiment Konkomba qui se développe contre les peuhls. J’essaie de maintenir l’équilibre entre les communautés qui résident dans la préfecture », explique-t-il.

 

 

Le ton de ce représentant du pouvoir central à Dankpen est plutôt trompeur sur sa réelle personnalité. Tous ceux qui l’ont connu le décrivent comme une personnalité rugueuse, non moins brute que certains militaires togolais. Déjà en 2003, il a été accusé d’avoir orchestré une agression physique d’un pasteur en poste à Guérin Kouka. Le pasteur Djagba de l’Eglise des Assemblées de Dieu avait été grièvement blessé à la suite de l’agression exécutée par le chef des collecteurs de ticket du marché de la ville, un certain Nidjourbi.

Après les enquêtes de la Police, l’agresseur avait été arrêté. Le préfet Maganawé, en ce moment Commandant, demande au Chargé du Commissariat d’alors qui nous l’a confirmé, la libération du nommé Nidjourbi, reconnaissant avoir commandité lui-même l’agression. La raison ? Au lieu de prêcher l’évangile, le pasteur se serait permis de parler politique dans son église. Le pasteur a dû finalement quitter la préfecture pour s’exiler au Ghana voisin.

 

 

Un an plus tard, pour une affaire de femme, le même préfet fait incendier le domicile du médecin chef de la localité, Dr Beweli et son vestibule. Les enquêtes de la Police et de la Gendarmerie avaient permis de découvrir que l’incendie était d’origine criminelle et qu’il avait été provoqué avec de l’essence. Ici également, le préfet a fait parler de lui.

Les éleveurs nomades présentés aujourd’hui comme victimes de sentiments anti-peuhls de la part des Komkomba ont pu s’installer dans la région en contrepartie de bœufs, bien gras, offerts au militaire-préfet. Avec l’accumulation de ces présents, l’homme est devenu un riche propriétaire d’impressionnants troupeaux de bœufs répartis entre la préfecture de Sotouboua et la sienne. Un proche raconte qu’en 2005 par exemple, il avait autorisé l’installation précoce d’éleveurs nomades, hors période de transhumance, en contrepartie de 5 bœufs. Et c’était le Commandant des gardiens de Préfecture d’alors qui était parti ramener les bœufs du préfet, depuis Mango avant de les confier ensuite à un éleveur aujourd’hui résidant dans la région centrale. Ce Cdt aurait été récompensé à 50.000 francs pour « service rendu au préfet ».

 

 

En 2006, lors d’un soulèvement des populations lié à des dégâts provoqués par des transhumants, Dadja Maganawé aurait fait tirer sur les manifestants non armés. Bilan : un mort du nom de Djato. Plusieurs familles ont dû fuir le village à la suite de la répression mortelle. Il se raconte également qu’il a fait torturer plusieurs personnes à un carrefour nommé Nandouta en leur faisant manger des viandes saignantes, tout crues, et boire ensuite beaucoup d’eau, de sorte à les faire vomir avant de leur faire reprendre l’exercice. Méthode à la chinoise.

En 2007, cinq paysans (dont une femme enceinte) qui venaient de vendre leurs productions et qui avaient sur eux l’argent, avaient été attaqués et tués par des peulhs coupeurs de route. Un mandat d’arrêt international avait été lancé contre eux par le président du tribunal de la localité, le juge Bruno Toké. Le chargé du Commissariat Edoé Yaovi, a poursuivi les criminels et fini par rattraper trois d’entre eux. Il les a conduits à Guérin-Kouka avec leur troupeau de 513 bœufs. Détenus pendant quelques mois, ils seront libérés plus tard. Leur arrestation, le tyran de Kouka ne l’a jamais pardonnée au juge et au Chargé du Commissariat. Les deux goûteront plus tard à ses méthodes sulfureuses.

 

Il fera arrêter et garder l’officier de police pendant huit mois, avant de le faire dégrader, en complicité avec son ami, le Col Titikpina, ministre de la Sécurité à l’époque. Le troupeau de 513 bœufs saisi a disparu jusqu’à ce jour, après une visite du préfet chez le ministre de la Justice de l’époque, Polo Aregba, qui a ordonné la libération des animaux qui seront remis à des éleveurs inconnus venus de Mango. Des sources croient savoir que le butin avait été partagé entre le préfet et des amis à lui, haut-gradés dans l’armée.

Le juge, lui, sera agressé en 2008 par onze jeunes armés de machettes, gourdins et autres objets contondants. Le Tribunal avait été fermé par le Haut Conseil de la Magistrature qui avait vivement protesté en son temps. La Commission nationale des Droits de l’Homme et d’autres organisations de la société civile avaient été saisies. Faure Gnassingbé avait même reçu plusieurs fois la victime pendant que le préfet avait été, lui, rappelé à Lomé pour quelques semaines seulement. Le juge Bruno Toké casé au tribunal du travail a désormais quitté le Togo pour intégrer le système des Nations Unies au Congo.

 

Il faut aussi rappeler que le préfet gère pour Faure Gnassingbé une ferme d’environ 100 hectares dans sa préfecture. C’est en tout cas ce qu’on apprend de sources proches de lui. Lui-même, raconte-t-on, ne se prive pas de revendiquer une amitié avec Faure Gnassingbé, chaque fois qu’il a besoin d’évoquer ses soutiens pour couvrir ses impairs. On sait également qu’il entretient des relations d’amitié avec le Col Massina, originaire comme lui de Padouga. Les deux ont d’ailleurs bâti sur plusieurs lots d’impressionnantes demeures à Kémérida (Padouga), côte-à-côte. Lorsqu’en 2008, la presse avait commencé par parler de l’indélicat représentant local, le patron de l’ANR avait ouvertement menacé de lâcher « ses abeilles » aux trousses des médias qui osaient parler de l’affaire. Parmi les soutiens du Col Maganawé, on cite l’ancienne ministre et actuellement députée de Dankpen, Mémounatou Ibrahima. Sans oublier le Chef d’Etat major actuel, le Général Felix Kadanga qui organise régulièrement des parties de chasse dans la Préfecture. Bardé de tous ces soutiens, le préfet verse carrément dans des propos humiliants pour les populations locales et leurs chefs.

 

 

Le 24 avril dernier, le tout puissant Maganawé aurait déclaré, selon les témoignages, « que les Konkomba ne connaissaient jamais ce qui est bien et c’est pour cela que l’on ne verra jamais une belle maison à Dankpen appartenant à un Konkomba, mais toujours aux étrangers ». Type de discours qui démontre le ressentiment de M. le préfet à l’égard de la population qu’il est censé administrer. Mais qu’il a choisi de terroriser, à volonté. Sans craindre aucun rappel à l’ordre. Ici c’est Togo et le président c’est Faure Gnassingbé !

 

 

Source : [10/06/2014] Mensah K, L’Alternative N° 333 du 10 juin 2014